[ Retour Menu ] SANTE - MAI 2000
DIXIEME JOURNEE MEDICALE
DE TRAUMATOLOGIE
DU TENNISLa dixième journée médicale sur la médecine et la traumatologie du tennis s'est déroulée dans la nouvelle grande de salle de congrès de l'hôtel Méridien Beach Plaza. En présence de son altesse sérénissime le Prince héréditaire Albert de Monaco et d'un public nombreux, différents orateurs se sont succédés.
Le champion face aux " surcharges du calendrier "
La journée avait mis le ton sur la fatigue du sportif et en particulier sur les fractures de fatigue du pied liés aux microtraumatismes. Les conférences ont débuté par un exposé de Jean-Paul Loth qui s'est étendu sur les conditions d'entraînement des sportifs et sur leur emploi du temps très serré qui les conduit d'une compétition à une autre avec très peu de temps d'adaptation. Sur une année chaque champion est sollicité d'une façon intensive pendant 30 semaines soit 20 semaines en compétition et 6 à 8 semaines de préparations aux différentes surfaces de jeux.
Les voyages, les décalages horaires, les conditions de chaque tournoi sont des éléments importants à reconnaître et à maîtriser pour ne pas être " un poids " supplémentaire dans l'équilibre de santé du sportif. Il y a donc lieu de s'adapter et de maintenir la maîtrise de son corps en toute circonstance.
Nous avons évoqué cet aspect fondamental le conditionne le rythme, mais surtout l'insertion du joueur sur le terrain. (Voir articles précédents)La chaussure de tennis
Après cet exposé sur la vie des champions venait une conférence de Bernard Daum sur " la chaussure de tennis ", qui conditionne le confort du pied du sportif.
Le pied réagit en permanence en fonction de la sollicitation qui a avec la nature du terrain suivant qu'il s'agisse de terre battue ou des surfaces dures perméables ou imperméables.
La chaussure de tennis a évolué ces dernières années .Un exposé très intéressant a passé en revue les différents aspects techniques de la chaussure :
1-Ainsi la semelle d'usure extérieure contribue à l'amorti et à un meilleur encrage sur le sol , une bonne accroche sur le sol. Elle est renforcée au talon pour un meilleur amortissement.
2-La semelle intermédiaire d'une épaisseur de 15 à 20 mm est constituée de différentes matières : coussins d'air, mousse micro cellulaire Elle joue le rôle d'amortissement. des chocs.
3-La semelle interne en contact avec le pied peut être interchangeable et doit s'adapter à l'anatomie du pied pour soutenir la voûte plantaire et permettre un bon encrage de l'avant pied.
Les autres éléments : tige, avant pied, contre fort contribuent à l'élaboration d'une bonne chaussure.
Les fabricants reconnaissent également la différence anatomique entre une chaussure féminine plus étroite avec une talonnette excavée plus élevée et une chaussure masculine beaucoup plus large.
Il y aura donc lieu de faire le choix de sa chaussure de tennis avec beaucoup de minutie, selon la surface choisie et en fonction de son pied. En effet, il faut que la chaussure fasse partie intégrante du pied et soit bien adapté et adopté par le joueur. Cet aspect fondamental se concrétise par 4 millions de chaussures vendues chaque année.
Traumatismes et micro fractures du pied
Eh bien, malgré de bonnes chaussures et un bon entraînement, le pied est mis à rude épreuve pendant tous les matchs . Il peut en résulter des lésions liées à des microtraumatismes.
Plusieurs conférenciers et études ( Jacques Rodineau H.de Labareyre , Gérard Morvan, E Rolland, Y.Rouxel) ont évoqué les différents aspect des fractures de fatigue du pied.Déséquilibre de la structure osseuse
Ces fractures sont le résultat de forces mises en jeu sur l'équilibre structural de l'os. L'os est en perpétuel remaniement : les ostéoclastes détruisent l'os, les ostéoblastes le construisent. L'os est constitué de travées orientées qui assurent la rigidité. La sollicitation mécanique augmente la fabrication de l'os, le manque de sollicitation diminue la structure osseuse. La compression induit des condensations, des élongations au contraire entraînent une diminution de la densité osseuse.A cette adaptation mécanique s'ajoute un phénomène piézo-électrique liée aux forces exercées qui retentissent sur le métabolisme osseux " ostéoblastes-osteoclastes ". La rupture de ces forces par des microtraumatismes engendrent des fractures par fatigue.
Des fractures souvent inaperçues.
Les seules fractures de fatigue connues ont été longtemps les métatarsiens. Actuellement ce serait le tibia qui arrive en tête des localisations.
La fréquence des fractures de fatigue n'est pas négligeable puisqu 'elles seraient de l'ordre de 10% de l'ensemble des blessures liées au sport.
Le diagnostic se fait d'abord par l'aspect clinique :
Le contexte : répétition d'un mouvement, augmentation de l'effort, augmentation de la charge de travail. Changement de chaussure, changement de terrain.
La Douleur : souvent progressive en 2 à 3 semaines, rythmée par l'activité en charge
Puis douleur invalidante à la marche simple.
La localisation : facile pour un métatarsien et pour le tibia ; plus difficile à préciser pour une atteinte du tarse ou du fémur.
Il est fondamental de le différencier d'un problème de tissu mou. Un diagnostic précoce permet d'avoir une attitude thérapeutique qui va faire gagner du temps.
Les tests cliniques permettent de révéler une douleur : sautillement, percussion du talon La palpation, la découverte d'un dème d'une ecchymose sont des signes inconstants,L'imagerie médicale est parfois décevante, c'est pourquoi ces fractures de fatigue sont souvent passées inaperçues :La radiographie n'est pas toujours fiable. Elle serait positive dans 15% des cas au début. D'autres examens comme la scintigraphie, la tomodensitométrie et l'IRM permettent d'apporter des éléments appréciables.
Le traitement est différent suivant chaque type de fracture, mais le premier élément comme dans toute fracture est le repos , c'est à dire l'arrêt de l'activité du membre concerné.
La prévention
Un des aspect important est avant tout la prévention, c'est à dire diminuer les facteurs de risques.
1-Ne pas outrepasser ses forces
L'augmentation intensive liée à l'augmentation de la puissance musculaire ne permet pas à l'os d'augmenter sa résistance
2-Adaptation progressives à l'effort : Progression ; Privilégier la qualité à la quantité.
3-Individualiser l'effort.
Il y a également un seuil de quantité d'entraînement. Ce fait a été constaté au delà de 64 kms hebdomadaires chez les marathoniens, et au delà de 5heures de pratique quotidienne chez les danseuses
4-Choisir de bonnes chaussures : La qualité des chaussures est élément important.
5- Un bon équilibre nutritionnel : l'apport calcique alimentaire doit être suffisant
6- Un bon équilibre hormonal : l' équilibre hormonal chez les femmes (arrêt des règles )
Conclusion :
Jean Paul Loth a parlé du sportif face aux contraintes de l'entraînement. Les contraintes ne doivent pas l'emporter sur la spontanéité et le désir de se réaliser. La tête doit gérer les jambes. Chacun dans son individualité peut exprimer le maximum de ses possibilités, mais avec mesure : gérer son temps, se situer par rapport à soi-même, être bien dans ses " tennis " permet à la tête et aux jambes de bien fonctionner ensemble.